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Mois du doc 2013 Le samedi 16 novembre à 8 heures 30.

Affiche la jeune fille

La petite fille et la pie rouge

Un conte documentaire de Sylvie Habault et Guy Faucon

Il était une fois Rachel, jeune fille nantie d’un chromosome en plus et la Pie Rouge, troupe de théâtre normande, baroque et inclassable. Depuis leur rencontre, il y a plus de 10 ans, ils se sont apprivoisés puis adoptés, presque littéralement. Rachel est devenue actrice. La Pie Rouge est retournée en enfance.

« La jeune fille à la Pie Rouge » est un conte documentaire, dans lequel l’ange Gabriel a la voix de Michael Lonsdale, la fée parle d’amour dans une langue étrange et les enfants ont des rides et d’énorme baccante.

C’est l’histoire d’une magnifique rencontre entre une petite fille trisomique et une troupe de théâtre, la Pie Rouge.

La Pie Rouge, ce sont Sylvie Habault & Guy Faucon, tous deux comédiens, réalisateurs, metteurs en scène. Personnages étonnants, haut en couleur, ils ont fondé une troupe de théâtre extrêmement singulière par ses créations baroques, inventives,  inclassables.

La petite fille au chromosome en plus, c’est Rachel. Rachel avait 12 ans lorsqu’elle a rencontré la Pie Rouge et commencé à jouer dans leur pièce et dans leur fiction. Cette aventure l’a transformée. De petite fille renfrognée et solitaire, elle est devenue une jeune fille à la créativité débordante qui irradie l’écran de sa photogénie, de son charme malicieux.

Pendant toutes ses années, Guy et Sylvie ont accompagné cette jeune trisomique dans ses progrès lents, mais tangibles, sans jamais perdre la foi, entrainant avec eux leur partenaires de toujours, Michael Lonsdale, Denis Lavant, Olivier Saladin…

Ce documentaire raconte leur histoire, leur relation, insolite et cocasse. Aussi bien dans sa forme que dans son fond, ce film est unique, étonnant, parfois subversif, toujours touchant. C’est un conte documentaire, où la fée se nomme Rachel et les enfants Guy et Sylvie, où le handicap est source de liberté et de créativité et non d’exclusion ou de souffrance.

Un message d’espoir, d’humanité. Un hymne à la différence et au grain de folie.

« Rachel a un petit chromosome en plus.

Rachel est imprévisible.

Elle nous oblige à repenser le monde, la vie. »

Sylvie Habault

RACHEL & LE THÉÂTRE

Par Guy Faucon

Rencontrée par hasard, Rachel Paux est devenue au fil du temps une des personnalités essentielles de notre compagnie. Rachel Paux est une jeune fille trisomique ou plutôt comme l’a si justement baptisée sa mère, Rachel a un petit chromosome en plus. Cette dénomination n’est pas cruellement ironique, mais bien au contraire est devenue pour nous une sorte de mot d’ordre qui éclaire notre recherche et nous fait voir le monde autrement.

D’abord timidement, Rachel a commencé à venir assister à nos répétitions, à se hasarder sur la scène avec nous, à intervenir, à s’en aller, puis revenir. Quand les comédiens faisaient une pause, elle investissait le plateau, le décor et souvent rejouait elle-même à sa façon ce qu’elle avait vu. Imitant joyeusement les comédiens ou répercutant la situation dramatique qu’on travaillait en admonestant ses poupées. Quelques fois nous nous installions dans la salle du théâtre pour la regarder jouer sur scène. Combien de fois avons-nous été très impressionnés par ses improvisations stupéfiantes ! Sylvie a commencé à la filmer dans ses impromptus réjouissants, puis avec d’autres acteurs dans des bouts d’essais rapidement élaborés.

Puis elle a participé à de nombreux spectacles avec des comédiens et comédiennes amateurs et professionnels. Tout d’abord elle interprétait des rôles muets où elle devait accomplir une tâche très précise, qui nécessitait bien sûr un apprentissage particulier mais à chaque fois dans la joie et la bonne humeur. Elle a pu ensuite s’exprimer davantage, dialoguant avec les autres à sa manière mais de façon rigoureuse, jouant un personnage (une domestique dans le Balcon de Jean Genet, l’apothicaire dans le Malade Imaginaire, la fille du chef de gare dans « Tous Ceux qui Tombent » de Samuel Beckett, etc.).

Nous avons même créé ensemble un spectacle pour enfants « Les Mystères du Petit Larousse ». Ce spectacle relatait un cambriolage un peu particulier : le vol de lettres de l’alphabet au beau milieu des mots du dictionnaire. Cette fantaisie théâtrale pouvait sembler une parabole poétique du handicap de Rachel, privée elle-même de mots et de lettres et souvent de langage. Elle illustrait d’une certaine façon la lutte quotidienne que Rachel devait accomplir avec sa propre langue.

RACHEL & LA PIE ROUGE

Rachel est passée de petite fille timide et parfois maladroite (dans un premier temps Rachel ne parlait à personne) au statut de véritable comédienne à part entière. Une formidable revanche sur son handicap, même si son registre est resté limité notamment en ce qui concerne son langage.

Son handicap est aussi devenu un des sujets que nous avons tenté de mettre en scène. Une des grandes richesses de la création, c’est qu’elle peut faire « feu de tout bois » et transformer un inconvénient en avantage. Rachel témoigne d’une résilience hors du commun. La difficulté de son élocution nous a permis d’explorer de nouvelles formes de  jeu, d’expérimenter nous aussi un nouveau langage théâtral voire cinématographique.

En ce qui concerne par exemple certaines scènes mettant en rapport direct Rachel et un comédien « normal », le pas verbal que doivent faire l’une et l’autre pour simplement communiquer conduit très souvent à des improvisations riches, truculentes, inventives. On peut dire que Rachel a renouvelé notre façon de jouer et d’aborder le théâtre et la fiction.

Rachel a donc apporté au sein de la PIE ROUGE une source de créativité supplémentaire, apportant un bouleversement au jeu d’acteur : Son imagination, sa drôlerie, son impertinence ; le fait qu’elle joue avec et de ses contraintes, son inventivité pour surmonter celles-ci ; en fait une partenaire de premier ordre qui permet aux acteurs de se remettre en question et de progresser vers une plus grande fantaisie et authenticité.

Nous qui plaçons le jeu sous toutes ses formes comme la priorité de notre travail théâtral, on peut dire que Rachel nous fait progresser (ô combien !) sur cette voie et qu’elle nous rend  au centuple ce que nous lui apportons humblement : de la rigueur, du rythme, de l’écoute des autres, de la présence au public. Enfin tout ce qui fait l’apprentissage du travail du comédien.

Les familles de Rachel 

Un jour, au déjeuner, Rachel déclara qu’elle était la mère de Guy et Sylvie, et qu’ils étaient ses enfants. Depuis lors, ce grand jeu persiste et est le sujet de plusieurs séquences dans le documentaire, notamment raconté par Fabienne, la mère de Rachel :

« On a toujours expliqué à Rachel qu’elle pourrait fabriquer les bébés mais pas les élever, à cause de son handicap. Alors un jour Rachel nous a dit. ‘D’accord. Pas de bébé. Mais alors Guy et Sylvie, c’est mes enfants.’ A partir de ce moment là, son père et moi, nous nous sommes dit que c’était son histoire, son choix, sa vie. On reste ses parents mais elle a les enfants qu’elle a choisis. Allons y ! Ou plutôt, laissons les vivre ! »

Ce jeu naïf pouvant paraître puéril permet à Rachel d’exercer une certaine autorité sur nous et sur le monde qu’il entourait. De vivre une certaine autonomie ludique grâce à une forme d’autorité bien maîtrisée, elle qui est souvent « encadrée », « assistée » dirait-on maintenant… mais Rachel vit au travers des histoires qu’elle se raconte ; elle éprouve des sentiments forts, des sensations qu’elle n’aurait peut-être pas eu l’occasion d’éprouver autrement.

En parallèle à ses moments intimes et quasi familiaux qui brodent l’existence quotidienne de la Pie Rouge et Rachel Paux, il y a tout le travail de la compagnie.  Les rapports chaleureux, amicaux, complices qu’elle entretient avec les membres de la troupe.

Souvent elle les a rebaptisés et inclus dans sa famille imaginaire : Tonton Fifi, Tata Cloclo, Namour, le grand Toto et surtout Bruno-papa dont elle a fait le père apocryphe de Guy et Sylvie. 

Le moulin d’Andé

L’essentiel des scènes se déroule au Moulin d’Andé lieu mythique où la compagnie travaille.

« Le Moulin d’Andé est un monument historique édifié sur un bras de la Seine en Normandie entre les Andelys et Rouen. Il est le siège d’une association culturelle créé par Suzanne Lipinska et Maurice Pons. C’est un lieu de résidence pour les artistes et les intellectuels. »

C’est ici que sont installés les ateliers de la Pie Rouge, leur domicile et même leur petit théâtre où ont lieu certaines des représentations. Il s’y trouve un chalet en bois, une caravane, des oiseaux, des écureuils, un bassin avec des poissons non rouges,  en plus du parc immense le long de la Seine où se dissimulent salons de musique, kiosques champêtres, etc.

Un cadre de conte de fée qui contribue au caractère hors du temps de « La jeune fille à la Pie Rouge ».

LA PIE ROUGE

La Pie Rouge est née du ruisseau,
C’est une compagnie errante,
Une tribu à géométrie variable
Elle n’a pas peur de faire rire ou pleurer,
Elle est partout où on ne l’attend pas…

Guy Faucon et Sylvie Habault fondent en 1970 le Théâtre de la Pie Rouge. Depuis, la compagnie explore des modes d’expression dits “populaires”, non pas dans un esprit folklorique ou nostalgique mais comme matériaux vivants de création théâtrale d’aujourd’hui.

De la Chapelle Saint Louis au Moulin d’Andé, à Florence en passant par le Centre Georges Pompidou, la Cartoucherie, Avignon, Berlin, San Francisco, Istanbul, Lisbonne, Madrid, Le Caire (…), son ambition est de jouer et de chanter un théâtre ouvert à tous. Cette pratique a conforté sa vocation itinérante et sa volonté de faire du théâtre partout, dans les villes et les campagnes. Dans les prisons, les palais, les granges, les églises, les marchés, les rues, les cuisines, les caves… et même les théâtres…

Avec l’Oulipo: Noël Arnaud, François Caradec, Paul Fournel, Jacques Roubaud, Harry Mathews, Jacques Jouet  &  Anne Sylvestre, Alain Cavalier, Maurice Pons, Pierre Garcette, Philippe Davenet, Michael Lonsdale, Michel Lecoque, Jean Couturier, Iréne Omélianenko, Djamila Sahraoui, Laurent Petitgirard, le quatuor Arpeggione et surtout des centaines de prodigieux anonymes.

La Pie Rouge a l’ambition de créer un théâtre qui se veut drôle, émotionnel. Et de contribuer avec ses moyens propres à l’invention d’un nouveau langage au théâtre.

C’est une troupe de création; elle écrit, compose, réalise ses spectacles « à la main et à la maison ». Elle travaille avec les écrivains, peintres, musiciens contemporains vivants ou non.

La troupe réalise aussi des films : « le Jardin des Veuves », « la Vie en Blues », « Le Collège Imaginaire », « la Révolte des Salades », « Voyage à Rome », « Adama Drabo cinéaste et… ».

16 novemebre  2013 salle des fêtes de Saint Pierre du Vauvray à 20 Heures 30

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